
LA CIOTADENNE


PHILIPPE DU CREST
Archéologie imaginaire d’un lieu
Suite de nos cartes blanches données aux photographes talentueux de La Ciotat : en mars, c'est Philippe Du Crest. En couverture de la lettre et sur nos posts hebdomadaires, découvrez ses visions étranges et envoûtantes des Carrières de La Ciotat.
Philippe Du Crest vit et travaille ici. Il développe, depuis 2008, des séries où les faces cachées prennent une place particulière. Avec curiosité, il porte un regard bienveillant sur ses sujets, dans une tentative de radiographie d’individus, de lieux ou d’objets convoqués en tant que tels mais également dans une perspective de leur lien avec une communauté, une ville, une activité. Son questionnement porte sur ce qui constitue au sens large, un portrait.
"En novembre 2022, je déambule entre le Clos Redon, la Roche Redonne et la carrière de Loin, à différents moments de la journée ou de la nuit. L’intervention invasive de l’homme se mêlant à la
réappropriation du paysage par la nature, engendre un univers singulier, étonnant, voire troublant. Des êtres étranges peuplent ces espaces, le merveilleux est partout... Ici le minéral est vivant.
Je plonge au cœur de ces carrières, mon regard les fantasme, mes sens sont en éveil, je cherche, je fouille, j’espère, la beauté apparaît enfin, brute, puissante, intemporelle..."

Nos carrières, théâtre du labeur des hommes pendant plus d’un siècle
Nos carrières, théâtre du labeur des hommes pendant plus d’un siècle
Nos carrières ont fasciné et ému le photographe, et pour cause. Outre la beauté grandiose du site, on y sent le passage de l’homme, des hommes ! Pendant 120 ans ils ont taillé les pavés dans des dizaines de carrières, privées et communales, à la fin du XIXème : le Clos Redon, le Défens, Roque Redonne, St Loup, le Pain de sucre, Jonquières, Plaines Baronnes, Plaine Brunette, la Garde…
La plus ancienne la Roche Redonne, était renommée pour ses grès de couleur gris clair, idéaux pour les pavés et le dallage. La journée était longue pour un carrier, qui s’y rendait à pied avec son casse-croûte, ses outils, la poudre pour exploser les blocs ! Chargés ensuite sur des charrettes tirées à deux mulets, les pavés étaient amenés jusqu’à l’Escalet, où des portefaix les montaient sur les tartanes (2000 pavés par jour) ou parfois des goélettes, par d’étroites passerelles, tenant un seul pavé à la fois soutenu par un tablier noué à sa taille. En 1930 on comptait 23 maîtres-carriers. Puis les pavés ont disparu sous le bitume, et les dernières carrières en activité, à Roumagoua (Athélia IV), taillent dans la roche des dalles, éviers, fontaines, sculptures…et la belle pierre de La Ciotat la plupart du temps s’expatrie. » Joseph Cidale aimait sa qualité: « La pierre de La Ciotat est plus dure que celle de Cassis, elle résiste au gel. Il faudrait créer un label ! »
Christiane